Frédéric REVOL
NEXUS ERGO SUM : Réapprendre à se connecter à la terre et aux vivants
Paysan, agriculteur biologique et distillateur, Frédéric questionne l’un des grands récits qui guide nos sociétés depuis des millénaires : celui d’une humanité engagée sur une trajectoire de progrès, de performance et de croissance, persuadée d’être séparée du reste du vivant et de pouvoir façonner le monde pour elle-même, jusqu’à en dépasser les limites. Son installation en agriculture biologique pour produire ses whiskys marque une véritable crise existentielle qui l’amène à réinterroger cette posture prométhéenne. En prenant ses distances avec l’agro-industrie, il découvre que la fertilité de sa ferme comme la qualité de ses whiskys sont le fruit de l’alliance d’un vaste écosystème – sols, micro-organismes, champignons, faune et flore – dont il est lui-même l’un des protagonistes. Son expérience lui révèle que la réussite ne naît ni de la seule volonté humaine ni de la maîtrise de la nature, mais des relations écologiques et des conversations sensibles que nous entretenons avec le vivant, y compris avec des êtres dont nous ignorons souvent jusqu’à l’existence. Ingénieur agronome et économiste de formation, Frédéric a d’abord consacré sa carrière à l’étude des enjeux d’écologie et des territoires. Convaincu que les modèles ne suffisent pas à comprendre le vivant, il choisit de devenir paysan et reprend une ferme de montagne dans les Alpes. Il la convertit à l’agriculture biologique et développe une approche agronomique frugale, fondée sur les équilibres écologiques. Fondateur du Domaine des Hautes Glaces, il crée des whiskies d’exception conçus comme des grands crus, révélant l’expression d’un territoire vivant. Son parcours l’a conduit à une conviction : la transition écologique se joue autant dans nos choix intimes que dans nos innovations, en réconciliant savoir, sensibilité et vivant.
Ingénieur agronome et économiste de formation, Frédéric REVOL a consacré les premières années de sa vie professionnelle à l’étude et à la prospective dans les domaines de l’écologie et du territoire. Des temps d’études, d’enquête, à interroger des acteurs, à brasser des données et à concevoir des modèles statistiques et algorithmiques.
Après quelques années il a eu le sentiment que cette manière de comprendre le réel ne lui permettait pas de l’épouser pleinement. Pour le saisir plus surement, il avait besoin de l’éprouver de manière sensible, par les gestes, par les odeurs, par le goût. Il avait besoin de s’éloigner de son ordinateur pour se confronter plus directement à la matérialité du monde, aux éléments, au vivant, au sauvage.
Il s’est fait paysan. Il a repris une ferme de montagne, dans les Alpes, qu’il a peu à peu transformé. Il a d’abord banni la chimie de ses champs (pas d’engrais, pas de produits écocides) en la convertissant à l’agriculture biologique puis, saison après saison, il a exploré les voies et techniques d’une agronomie alternative, frugale, auto-fertile : une agriculture qui promeut les alliances écologiques plutôt que les dépendances industrielles.
Mais s’il s’est fait paysan, ce n’était pas avec une intention nourricière. Les céréales qu’il a moissonnées n’avaient pas pour vocation à finir dans une assiette mais dans un flacon. Il souhaitait créer des whisky comme on élabore des grand crus, donner à goûter la quintessence d’un territoire vivant et d’une nature fertile. Et puisque cela n’avait jamais été fait, il a été désigné des process inédits, développé des savoir faire nouveaux, et ainsi fondé une aventure devenue entretemps collective : le Domaine des Hautes Glaces.
C’est sur le chemin qu’il a acquis la conviction que la transition écologique est un sport de combat intime, qui se joue à l’intérieur de nos vies, et qui a moins pour objet la performance environnementale que l’éveil de nos sens et l’augmentation de nos cœurs.