Les vaccins à ARN messager, un nouvel espoir contre le cancer

Les vaccins à ARN messager, un nouvel espoir contre le cancer
Photo : Pixabay
2021-04-19

Il y a moins d’un an le grand public n’avait jamais entendu parler de l’ARN.
Découverts dès 1961 par des chercheurs de l’Institut Pasteur, ces messagers sont désormais utilisés dans des vaccins contre la COVID-19. Pour la communauté scientifique comme les malades, ils sont porteurs d’espoir car ils pourraient également soigner du cancer. Des essais cliniques sont d’ores et déjà à l’étude avec des résultats encourageants. Mais comment fonctionnent-ils ?

ARNm pour Acides RiboNucléiques Messagers. Cet acronyme désigne plus communément la copie d’une partie d’ADN correspondant à un gène. Cette réplique contient les informations nécessaires aux ribosomes - des complexes ribonucléoprotéiques présents dans certaines cellules- pour synthétiser une protéine. Voilà pour la théorie.

Dans la pratique, un vaccin contre la COVID-19 utilise le même principe. Plutôt que d’injecter du virus inactivé, ou des protéines virales pour déclencher une réaction immunitaire, comme c’est le cas dans les vaccins traditionnels, on administre de l’ARN messager. Ce code permet au corps de fabriquer lui-même une protéine inactive (Spike) à la surface du virus. Le système immunitaire reconnaît cette protéine propre à la COVID-19 et produit des anticorps.

Des vaccins curatifs
Dans le cas du cancer, l’ARN messager est utilisé non pas prémunir d’une éventuelle contamination, mais dans un but curatif. Le système immunitaire, souvent mis à mal par la maladie, n’est plus capable de reconnaître les cellules déficientes et de fournir la réponse adaptée. Le rôle du vaccin est en quelque sorte de l’entraîner à mieux détecter ces cellules problématiques en identifiant leurs protéines mutées appelées néo-antigènes. BioNtech ou encore Moderna travaillent depuis plusieurs années sur le sujet. Leur but est de produire un vaccin personnalisé pour chaque patient.

Concrètement, il s’agit de repérer les mutations cellulaires en comparant l’ADN sanguin non altéré du patient à celui des tumeurs. Moderna explique ainsi sur son site internet être en mesure via l’intelligence artificielle de prédire les mutations cellulaires qui déclencheront la réponse la plus efficace du système immunitaire. Les mutations spécifiques au cancer sont codées par des techniciens dans une molécule d’ADN, puis converties en brins d’ARN messager. Ce sont ces brins d’ARN qui seront injectés aux patients

Des essais thérapeutiques combinant vaccin à ARN messager et techniques traditionnelles sont en cours avec des résultats encourageants. Nature qui a pu interroger l’un des participants à l’essai clinique mené par Moderna rapporte : « Quelques semaines après sa première injection en mars, Kremer a pu constater que le vaccin fonctionnait. Les tâches de mélanome de la taille d’une pièce de monnaie qui émergeaient de sa peau étaient désormais des décolorations plates de quelques millimètres de diamètre. “Je voyais les cellules cancéreuses rétrécir sous mes yeux”, dit-il. Plusieurs doses plus tard, son appétit est revenu, ses douleurs dorsales se sont atténuées et les scanners montrent que son cancer continue de reculer. »

Une nouvelle voie thérapeutique contre la douleur
Si les vaccins à ARN messager apportent un nouvel espoir dans le traitement des cancers, ils pourraient pourtant ne pas être en mesure de tous les soigner. Non seulement parce que plusieurs protéines sont en jeu dans certaines tumeurs, mais aussi parce que cette maladie se montre le plus souvent multifactorielle. Néanmoins, ils ouvrent une nouvelle voie thérapeutique, y compris pour d’autres maladies. Dans une interview accordée à 20Minutes, Palma Rocchi, directrice de recherche à l’Inserm estime qu’ils pourraient être utilisés dans le traitement de la mucoviscidose, l’insuffisance rénale, la douleur… « Car dans toutes les maladies, il y a une ou plusieurs protéines déficientes quelque part ».

Pour aller plus loin :

Unlocking the potential of vaccines built on messenger RNA

covid et cancer, recherche croisée sur les vaccins ARN

mRNA-Based Personalized Cancer Vaccines

RNA therapies

Advances in the development of personalized neoantigen-based therapeutic cancer vaccines

– HP